Un adolescent sur son téléphone

L’adolescence à l’ère des réseaux sociaux : la santé mentale des jeunes en question

Recherche Article publié le 17 février 2026 , mis à jour le 25 février 2026

Inexistants il y a une vingtaine d'années, les réseaux sociaux sont devenus omniprésents dans le quotidien de très nombreuses personnes, en particulier les adolescentes et adolescents. Cette popularité soulève cependant bien des questions quant aux conséquences sur la santé mentale des jeunes, comme le confirment des spécialistes en psychiatrie de l’Université Paris-Saclay qui voient les réseaux sociaux et les écrans s’inviter fréquemment dans leur pratique. (Cet article est issu de L'Édition n°28)

TikTok est « l’un des pires réseaux sociaux à l’assaut de notre jeunesse ». Telle est la conclusion du rapport, remis en septembre dernier, par la commission d’enquête parlementaire créée le 13 mars 2025 pour évaluer les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Avec plus de vingt-sept millions d’utilisateurs et utilisatrices mensuelles en 2025, le réseau social chinois est aujourd’hui l’un des plus populaires, et il a vu son utilisation grimper en flèche au cours des cinq dernières années. Mais le phénomène n’est pas isolé. Ce succès illustre la récente montée en puissance des réseaux sociaux devenus omniprésents dans le quotidien de millions de personnes.

La pandémie de Covid-19 et les mesures de restriction qu’elle a déclenchées ont en effet amorcé une profonde transformation des pratiques numériques, qui a contribué à la démocratisation des réseaux sociaux. Aujourd’hui, les plateformes ne sont plus seulement utilisées pour interagir socialement mais aussi pour s’informer, trouver des conseils, se divertir ou encore suivre des influenceurs et influenceuses. Et leur utilisation démarre dès un jeune âge. Selon l’association e-Enfance, spécialisée dans la protection de l’enfance sur Internet, 86 % des 8-18 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux en France. Plus révélateur, les réseaux sociaux et les messageries associées représentent, chez les adolescentes et adolescents, 64 % du temps quotidien d’utilisation d’Internet, alors que la population générale n’y consacre « que » 39 %.

Cette évolution n’échappe pas aux professionnelles et professionnels de santé spécialisés dans l’enfance et l’adolescence. « Comme beaucoup de psychiatres, je suis confronté à l’utilisation des écrans et des réseaux sociaux qui transforme notre pratique clinique », témoigne Olivier Bonnot, pédopsychiatre spécialisé en troubles du neurodéveloppement et professeur à l’Université Paris-Saclay. « En consultation, par exemple, on a l’habitude de demander : "Sors-tu avec des copains ? Vas-tu à des anniversaires ?". C’est une question importante pour savoir quel est le degré d’insertion dans la communauté du patient ou de la patiente. Désormais, on est obligé d’ajouter "Es-tu dans le groupe WhatsApp de ton collège ou ton lycée ?". Si vous n’y êtes pas aujourd’hui, c’est que vous êtes carrément mis de côté. »

L’adolescence, une phase de multiples changements

Cette hausse de l’usage des réseaux sociaux chez les jeunes soulève bien des questions quant aux conséquences sur leur santé. D’autant plus que l’adolescence représente une phase cruciale du développement, marquée par de multiples changements physiologiques liés à la puberté, mais aussi émotionnels et sociaux. « C’est une période durant laquelle tout change autour de l’individu dans ses rapports sociaux, ses relations aux autres », explique le pédopsychiatre, également chercheur au sein de l’équipe MOODS (Dépression, suicide, médicament) du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (Cesp – Univ.Paris-Saclay/Inserm/UVSQ). En raison de ces bouleversements, l’adolescence constitue une période de vulnérabilité pour les troubles psychiques tels que l’anxiété ou la dépression.

Au cours des dix dernières années, plusieurs études scientifiques ont mis en évidence, à l’échelle mondiale, une détérioration de la santé mentale des jeunes. « Les troubles anxieux et dépressifs ont considérablement augmenté – presque doublé – avec une accélération pendant la pandémie de Covid-19 », confirme Olivier Bonnot. Et si l’introduction massive des réseaux sociaux y était pour quelque chose ? « Ce parallélisme est un élément important mais ce n’est pas parce que deux choses se produisent en même temps qu’elles sont nécessairement liées l’une à l’autre. À ce stade, on ne peut rien conclure », souligne le praticien. 

En 2024, un comité d’expertes et d’experts, constitué à la demande du Président de la République Emmanuel Macron, a remis le rapport Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu, qui dénonce les effets délétères de la surexposition numérique chez les enfants et les adolescents. « Chez les petits enfants, les études sont assez claires : l’exposition aux écrans est un vrai problème qui a des effets démontrés sur leur développement », commente Olivier Bonnot. « Pour les adolescents, on est encore en discussion sur la littérature. » Néanmoins, le rapport met bel et bien en lumière certains effets délétères, en particulier sur le sommeil qui constitue pourtant un processus physiologique essentiel et dont le manque a des conséquences avérées sur la santé physique et mentale. « Les écrans et les usages qui en sont fréquemment faits, en soirée ou la nuit notamment, ont des effets négatifs directs et certains sur la quantité et la qualité du sommeil des adolescents », explique le comité dans le document. Bien que les réseaux sociaux ne soient pas directement incriminés ici, ils constituent l’un des facteurs qui rendent les smartphones si attractifs, y compris à des horaires inappropriés.

Usage quotidien des grandes plateformes en ligne par les 11-17 ans

Des compétences sociales moins bien entraînées ?

Lorsqu’il s’agit d’explorer les potentiels effets des réseaux sociaux, un autre parallélisme fait surface. De récents sondages ont mis en évidence, en France et ailleurs, une hausse du sentiment d’isolement et de solitude chez les adolescentes et adolescents. Là encore, concordance n’est pas corrélation, ni causalité. Mais l’usage des réseaux sociaux pourrait bien jouer un rôle, affirme Olivier Bonnot. « L’adolescence est une période d’extrême entraînement des compétences sociales », dont l’un des paramètres importants est l’empathie. « Il faut savoir que l’empathie est un phénomène développemental. C’est-à-dire que ça ne fonctionne pas tout de suite quand on est petit, c’est quelque chose qui s’apprend, se conforte et s’entraîne », développe le spécialiste. « Tous les phénomènes d’empathie sont à peu près matures vers l’âge de douze ans. Les individus les utilisent ensuite un maximum entre douze et dix-huit ans. » Sauf qu’avec les plateformes, les jeunes entraîneraient bien moins leurs compétences sociales et leurs rapports humains.

« Nous avons aujourd’hui des adolescentes et adolescents qui préfèrent parler avec leurs copains et leurs copines sur les réseaux sociaux plutôt que de les voir. Mais ce n’est pas du tout la même chose. » En clair, les rapports virtuels n’entraineraient pas aussi bien que les rapports réels. Passer trop de temps sur les plateformes serait donc susceptible, à long terme, d’être synonyme de manque d’entraînement social pour les jeunes. « Cela fabrique des individus qui ne sont pas très à l’aise avec les rapports humains réels. Or, quand on n’est pas à l’aise avec quelque chose, on a tendance à éviter de le faire. » Ce phénomène est une piste pour expliquer la hausse du sentiment de solitude, qui constitue lui-même un facteur de risque pour les troubles mentaux. « Dans ma pratique clinique, j’observe souvent ces jeunes qui ont des difficultés à l’extérieur et qui sont bien quand ils sont chez eux », témoigne le pédopsychiatre. Il est alors fréquent que ceci s’accompagne d’une consommation importante de réseaux sociaux. Il arrive également qu’un autre phénomène préoccupant s’invite en consultation : le cyberharcèlement ou harcèlement sur Internet.

On estime qu’au moins un enfant sur cinq est aujourd’hui confronté au cyberharcèlement, que ce soit en position de victime, d’harceleur ou de témoin. « C’est un phénomène massif qui a des conséquences dramatiques », déplore Olivier Bonnot. « Depuis 2013, on observe un doublement du risque de développer des troubles psychiatriques et du risque d’avoir des difficultés scolaires voire un décrochage scolaire. » Les conséquences sont d’autant plus importantes que le cyberharcèlement a la particularité d’être très envahissant. « Auparavant, vous partiez en vacances ou vous changiez de lycée, cela disparaissait. Maintenant, cela peut vous suivre. » S’il est difficile d’établir la responsabilité des réseaux sociaux dans le phénomène, force est de constater qu’ils en sont devenus l’un des principaux vecteurs. 

Selon une étude menée en 2024 par e-Enfance, 38 % des enfants cyberharcelés l'ont été via les réseaux sociaux tandis que 44 % l’ont été via l’application de messagerie Whatsapp. « L’origine du problème n’est pas facile à analyser », concède le spécialiste. « Mais c’est évidemment lié puisqu’il n’y a pas de harcèlement sans réseau social et sans ces aspects numériques. »

Les réseaux sociaux ou l’éloge de la minceur

L’exposition aux contenus inappropriés est un autre problème régulièrement décrié avec les réseaux sociaux. Et c’est l’un des principaux points abordés par le rapport sur TikTok, accusé de donner accès à des contenus mettant en danger ses usagères et usagers. En novembre 2024, sept familles françaises ont décidé d’assigner le réseau social chinois en justice. Elles le jugent responsable de la dégradation de la santé de leurs enfants exposés, via la plateforme, à des contenus promouvant l’automutilation, le suicide et les troubles des conduites alimentaires (TCA). Cette accusation résonne, entre autres, avec l’émergence de l’hashtag « SkinnyTok », qui véhicule sur TikTok des contenus faisant l’éloge de la maigreur et donnant des conseils de régime extrême.

À l’instar des autres troubles psychiques, les TCA connaissent une importante augmentation depuis la période Covid. « Les demandes de consultation ont explosé pour les TCA avec des formes plus graves. Comme la filière de soins ne répond déjà pas à la demande, cela a créé une situation extrêmement compliquée en France », détaille Nathalie Godart, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent spécialisée dans les TCA à la Fondation santé des étudiants de France (FSEF) et professeur à l’Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ). Face à ce phénomène, la question de l’impact des réseaux sociaux fait une nouvelle fois surface, sans toutefois trouver de réponse claire. « Nous n’avons pas d’élément de preuve pour dire qu’il y a un lien entre l’augmentation des TCA et la consommation accrue de réseaux sociaux. Pour le moment, nous n’avons pas assez de recul, ni de grosses études. »

Les TCA regroupent un ensemble de troubles parmi lesquels figurent l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie-boulimique. S’ils sont aujourd’hui un peu mieux connus, leur origine demeure complexe. La pédopsychiatre, par ailleurs chercheuse au sein de l’équipe Psychiatrie du développement et trajectoires du Cesp, éclaire : « On sait que les TCA sont des troubles biopsychosociaux qui se développent sur des trajectoires de vulnérabilité, dont les composantes sont variables d’un individu à l’autre. » Il existe ainsi un large éventail de facteurs de risque qui mêlent génétique, expérience de vie et interactions sociales. Si les TCA se développent durant toute la vie, l’adolescence constitue une période d’instabilité biologique, sociale et émotionnelle qui est capable d’accentuer voire déclencher certains facteurs de risque comme le stress, le défaut d’estime de soi ou l’insatisfaction corporelle. C’est ici que les réseaux sociaux entrent en jeu. Sans être la cause directe des TCA, ils auraient la faculté « d’appuyer là où ça fait mal », voire de constituer « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

Selon Nathalie Godart, deux aspects posent particulièrement problème sur les réseaux sociaux. Le premier est la promotion de l’idéal de minceur, voire de maigreur. « La tendance SkinnyTok n’est pas un nouveau phénomène. Les médias en général ont toujours fait l’apologie de la minceur », souligne la spécialiste, évoquant également le cas des sites Internet « pro-ana » apparus au début des années 2000 et faisant la promotion de l’anorexie mentale. Avec les réseaux sociaux, l’éloge de la minceur se fait toutefois sous une forme « amplifiée, accélérée et très accessible ». Sur certaines plateformes, « les adolescentes et adolescents se retrouvent parfois pris dans des algorithmes qui leur amènent en permanence ces questions-là, cela envahit leur esprit et prend une forme extrêmement importante ».

Le second aspect est la désinformation véhiculée par les contenus en ligne sur la santé physique et la nutrition. Il y a « plein de mauvaises informations sur ce qu’est un idéal physique, comment on mange et comment on fait du sport, ce qui peut amener les jeunes à prendre de mauvaises habitudes et entraîner des conséquences sur le plan nutritionnel ». Les réseaux sociaux étant devenus une référence pour de nombreuses personnes, « tout ceci crée des normes qui sont des normes potentiellement dangereuses pour la santé ». Chez des individus présentant déjà des facteurs de risque, ces deux aspects font office d’éléments contributifs au développement des TCA. « Dans mes consultations, je constate un important temps passé sur les réseaux sociaux par les personnes qui souffrent de TCA », témoigne Nathalie Godart. « L’utilisation des réseaux sociaux fait maintenant partie des questions abordées pour comprendre la trajectoire du patient ou de la patiente. Mais bien que l’on en parle, ce n’est pas l’axe principal des soins. »

Quand l’usage des réseaux sociaux devient addictif

Un ou une adolescente rivée à son smartphone, « scrollant » - faisant défiler du contenu sur son écran - pendant des heures : cette scène n’a plus rien d’anodin. Les articles se multiplient en ligne pour dénoncer l’« addiction aux écrans » des jeunes. Pour Laurent Karila, chercheur au laboratoire Psychiatrie-comorbidités-addictions (Psycomadd – Univ. Paris-Saclay/AP-HP) et psychiatre addictologue à l’hôpital universitaire Paul Brousse, le terme est pourtant inapproprié. « L’addiction aux écrans ne veut rien dire. L’addiction se développe derrière un écran », corrige-t-il. Autrement dit, on ne devient pas dépendant à l’écran mais à ce qu’il véhicule, comme un jeu vidéo par exemple. Sauf que si le trouble du jeu vidéo est une addiction comportementale officiellement reconnue, le problème est plus difficile à appréhender pour les autres usages numériques. Ainsi, dans le cas des réseaux sociaux, « on parle plutôt d’usage problématique avec des éléments qui empruntent à l’addiction », explique Laurent Karila, co-auteur en 2025 d’une étude qui s’intéresse justement à l’usage problématique des smartphones.

Bien que le critère de temps soit fréquemment mentionné pour décrire un usage excessif, il est insuffisant. « On résume l’addiction par le moyen mnémotechnique des 5C : contrôle, consommation, compulsion, continu, conséquences », poursuit Laurent Karila. Sont ainsi observées une perte de contrôle, une envie irrépressible de consommer, une activité compulsive, un usage continu et des conséquences négatives sur la santé pendant au moins douze mois. Qu’elles concernent une substance ou une activité, les addictions présentent des mécanismes neurobiologiques similaires et se manifestent par des dysfonctionnements des circuits cérébraux de la récompense, de la mémoire et l’apprentissage, de la motivation et du contrôle. Alors que ces circuits sont physiologiquement programmés pour travailler ensemble, en cas d’addiction, ils se désynchronisent, entraînant une perte de contrôle et de motivation. 

« De façon schématique, on pense que l’addiction naîtrait de la rencontre d’une personne avec un produit ou un comportement addictif dans un environnement susceptible de la déclencher », explique l’addictologue. Mais le phénomène est en réalité bien plus complexe. « L’addiction est une maladie multifactorielle qui naît de l’interaction de cinq éléments majeurs : le développement personnel, le cerveau avec sa complexité, la génétique, la personnalité et le fonctionnement psychologique et émotionnel, et enfin l’environnement. » Pour devenir « addict », ces cinq facteurs doivent être déstabilisés. Qu’en est-il alors des adolescentes et adolescents ? Il faut savoir que le cerveau n’atteint sa maturité qu’à l’âge de 20-25 ans. Avant cela, « le cerveau est biologiquement plus sensible aux récompenses et moins apte à contrôler les impulsions », ce qui, couplé à des facteurs psychologiques et sociaux, rend les adolescentes et adolescents plus vulnérables au développement d’addictions.

Bien que les usages problématiques découlent donc de multiples facteurs, les réseaux sociaux ne sont pas innocents dans cette tendance à la consommation immodérée. En une dizaine d’années, les plateformes ont en effet appris à jouer sur divers paramètres pour happer leurs utilisateurs et utilisatrices dans leur univers virtuel. « Les réseaux sociaux pratiquent ce que j’appelle "la guerre de l’attention" », confirme Laurent Karila. En résumé, « tout est fait pour attirer l’attention et rester sur les plateformes ». Le « scroll » infini, qui fait voir de nouveaux contenus de façon illimitée, en est un exemple. Les boutons « J’aime », « Commenter » et « Partager », présents sur les plateformes, en sont d’autres. « Ils visent à satisfaire le besoin d’affection et d’attention de l’internaute en fournissant une forme d’approbation sociale », détaille l’addictologue. « Ils aident aussi à cibler plus précisément l’internaute afin de continuer à lui présenter du contenu intéressant. »

Preuve que ces éléments ne sont pas sans conséquence, ils favorisent de véritables symptômes comme le Fomo (Fear of missing out) qui désigne la crainte d’être déconnecté ou de manquer quelque chose, ou l’athazagoraphobie – la peur d’être oublié ou ignoré - qui se manifeste par le besoin d’être rassuré en permanence de l’affection portée par ses proches. « L’absence de réponse sur Snapchat, par exemple, de "likes" ou de commentaires sur les réseaux sociaux, est inductrice de stress et d’interprétations. » Comme les autres praticiens, Laurent Karila constate divers effets négatifs de l’usage intensif des réseaux sociaux sur ces jeunes patientes et patients : anxiété, stress, trouble du sommeil, de l’attention, retentissement scolaire, mal être général, etc. La plupart de ces jeunes gens ont toutefois tendance à relativiser ou banaliser leurs comportements.

De l’importance de sensibiliser à l’usage des réseaux sociaux 

Si les réseaux sociaux sont au centre d’un nombre croissant de recherches scientifiques, plusieurs années seront sans doute nécessaires avant d’établir clairement leur impact potentiel sur la santé mentale adolescente. « Il est très compliqué d’analyser les phénomènes par rapport aux réseaux sociaux et aux écrans parce que ce sont des phénomènes récents, actuels et en mouvement », souligne Olivier Bonnot. En attendant d’avoir des réponses, nombreuses sont les voix à réclamer un encadrement plus strict de l’usage et du fonctionnement des plateformes, en particulier pour les plus jeunes. 

La commission d’enquête parlementaire sur TikTok est « une très bonne initiative, mais il ne faut pas se focaliser que sur TikTok », juge Laurent Karila. « Il faut prendre des mesures adaptées et fonctionnelles pour limiter les mécanismes les plus addictogènes, protéger les plus vulnérables et responsabiliser toutes les plateformes. » Même son de cloche du côté de Nathalie Godart : « Il faut mettre en place des règles sociétales sur les accès à ces plateformes, notamment sur les âges, avec des contrôles, parce qu’il y a une vraie problématique sur le fait que des enfants et des jeunes accèdent à des contenus qui ne leur sont pas adaptés. Et c’est aujourd’hui extrêmement facile de contourner les choses. »

Pour les trois psychiatres, les réseaux sociaux ne sont pas à diaboliser pour autant, ni à interdire. Former toutes les générations à leur utilisation est néanmoins un point primordial. Dans son service de l’établissement public de santé (EPS) Barthélemy Durand, dans l’Essonne, Olivier Bonnot et son équipe proposent un groupe de formation et de sensibilisation aux réseaux sociaux qui est ouvert aux jeunes hospitalisés, ainsi qu’à leurs parents. Il s’agit d’informer sur ce que sont les réseaux sociaux, quels sont les risques et les aspects négatifs. Il s’agit aussi d’expliquer comment fonctionnent les algorithmes à l’origine de la sélection des contenus qui sont présentés aux utilisateurs et utilisatrices. 

Selon le pédopsychiatre, la démarche pourrait cependant aller plus loin. Et s’il fallait passer un permis pour accéder à TikTok, Instagram ou tout autre réseau social ? « C’est très pratique une voiture. Cela vous aide à vous déplacer n’importe où mais cela cause aussi des accidents. Personne ne trouverait normal qu’on conduise sans avoir un permis de conduire », argumente-t-il. « Pourquoi n’aurait-on pas alors un permis à passer pour utiliser les réseaux sociaux ? » La question reste ouverte.

Références :

  • Bonnot O. et al., Digital applications in mental health: Status, challenges and perspectives, Annales Médico- psychologiques, 2025. 
  • Natalia Robert et Nathalie Godart, Médias sociaux et santé mentale des adolescents, Revue du Praticien, 2023.
  • Karila L. et al., Understanding Problematic Smartphone and Social Media Use Among Adults in France: Cross-Sectional Survey Study, JMIR Mental Health, 2025.
Couverture de L'Edition 28

 

 

 

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